Réflexion(s) sur la primaire...

En France, la primaire n’est pas inscrite dans la tradition politique. Elle reste une pratique nouvelle pour notre Ve République vieillissante, une République très « présidentialiste ». On a plutôt l’habitude de considérer l’élection présidentielle comme la rencontre d’un homme avec la Nation. Et c’était certainement encore très juste pour De Gaulle ou Mitterrand.

 

Mais ces personnalités charismatiques – avec les qualités et les défauts que cela comporte – n’apparaissent pas ex nihilo tous les cinq ans.

 

Certains y voient le signe d’un déclin : il n’y aurait plus de « Grands hommes » ! Mais nos « déclinologues » regardent plus vers le passé que vers l’avenir et sont de piètres analystes du présent car il y a là, je crois, une évolution des mœurs françaises et un réel progrès de la démocratie. La figure monarchique de l’homme providentiel ne correspond plus à la réalité politique et aux aspirations démocratiques des français.

 

Peut-être est-ce là un effet de la décentralisation et d’un pouvoir qui, désormais, ne se tient plus dans les hautes strates de l’Etat, éloignées du quotidien, mais qui s’est rapproché de la vie quotidienne des citoyens.

 Si la vie politique de notre Pays est toujours rythmée par les partis politiques, comme le pose l’article 4 de la Constitution, ceux-ci ne sont plus suffisants en soi pour embrasser, à eux-seuls, l’ensemble des questions, des problèmes, des interrogations des citoyens. Et ceux-là sont de plus en plus nombreux à ressentir le besoin de s’impliquer dans la vie politique sans nécessairement adhérer à un parti politique.

 

On trouve de très nombreux exemples locaux de cette implication citoyenne. Depuis cinq ans, par exemple, je l’ai testée en organisant des « jury » citoyens pour déterminer l’utilisation de ma réserve parlementaire. En toute transparence, ce sont des citoyens de ma circonscription qui ont choisi et voté pour sélectionner les projets à soutenir.

 

On pourrait à loisir donner d’autres exemples locaux d’un tel dialogue citoyen.

 

C’est dans ce mouvement général, dans cette dynamique qu’il faut concevoir les primaires.

 

C’est un moment de dialogue collectif entre des candidats, mais ça peut aussi devenir une rencontre entre ces candidats et les français.

 

Il peut bien sûr y avoir des affrontements. La gauche française n’a jamais été un bloc uniforme, et elle ne s’est jamais unie qu’au prix d’un combat. La droite, d’ailleurs, la rejoint désormais sur ce terrain.

 

Mais une primaire, ça ne peut pas, ça ne doit pas être le « bal des Egos » - même s’il y en a.

 

Ce n’est pas au meilleur danseur de remporter la partie.

 

La primaire permet l’expression du pluralisme constitutif de la gauche.

 

Il ne s’agit plus d’un appareil politique écrivant un projet, porté par un homme et soumis aux électeurs. Il s’agit d’engager un débat permettant de construire, dans le dialogue, un véritable projet capable de répondre aux aspirations de nos concitoyens.

 

Par la voix que les uns ou les autres font entendre, les citoyens peuvent devenir des acteurs majeurs de l’élection présidentielle et sortir de la passivité du « bulletin de vote ».

 

Certains, à gauche, ont refusé de participer à cette primaire. Ce faisant, ils font le choix du conservatisme. Ils font le choix de ne pas participer à une évolution majeure de l’histoire politique de notre pays.

 

Jean-Luc Mélenchon, si critique à l’égard du présidentialisme de la Ve République, se comporte lui-même en contempteur du « tout à l’égo ». Il se pose en candidat unique et auto-proclamé de la cause d’un « peuple » fictif qu’il dessine au gré de son propre projet.

 

Pouvez-vous, d’ailleurs, me citer un autre nom que le sien, représentant ces « insoumis » ?

 

Le sens d’une primaire, c’est la confrontation des lignes de force qui constituent la gauche dans sa diversité et dans sa capacité à se retrouver.

 

Nous vivons une époque où chacun cherche à se démarquer. Bien souvent il ne s’agit que d’exister. Et on passe souvent plus de temps à essayer d’exister qu’à être réellement.

 

Au point que, parfois, on peut en perdre le sens de l’action politique et, hélas, celui des réalités.

 

Et, peu à peu, on voit la classe politique s’éloigner de ce que vivent les français.

 

C’est alors le défilé de ceux qui prétendent parler au nom du peuple. Un peuple hypothétique, un peuple inexistant, un peuple théorique. Le peuple qui les arrange en somme !

 

Et parfois, ces populismes trouvent leur électorat ; mais rarement, ils constituent une solution. Parce que le populisme soutient le peuple comme la corde soutient le pendu.

 

Ces populistes-là refusent de se prêter à l’exercice démocratique des primaires, car ils ne veulent pas perdre l’exclusivité de leur parole. Ce n’est pas qu’ils craignent la confrontation, ils s’en nourrissent au contraire.

 

Non ! Ils refusent de participer parce qu’ils ne supportent pas de ne pas être LA figure exclusive. Ceux qui refusent l’exercice de la primaire le font parce qu’ils refusent de n’être pas la figure centrale, unique, providentielle.

 

Mais ce n’est pas cela, le sens d’une primaire.