[Entretien] Pourquoi je rejoins le parti Écologistes! 

Vous rejoignez écologistes!, un nouveau parti. Pourquoi ?

 

Un engagement politique, c’est toujours un choix personnel.

 

J’ai toujours été une militante écologiste : j’ai été 14 fois candidate sans autre ambition que de porter la parole écolo dans le débat public. Et je suis, depuis trois ans, députée de la République : une députée écologiste, donc, élue dans le cadre d’un contrat de majorité avec les socialistes et les radicaux. C’est une responsabilité qui offre un point de vue, qui invite à réfléchir.

 

Ce contrat avec les électeurs, j’entends continuer à le respecter en agissant dans la majorité, avec exigence, certes, sans soumission mais aussi avec loyauté: tout ce qui divise favorise une droite de plus en plus tentée par l’extrémisme, et favorise l’extrémisme tout court.

 

Et il y a aussi ce que je constate : un terrible paradoxe.  Jamais les questions écologistes n’ont été aussi essentielles, jamais les Français n’ont autant vécu l’écologie dans leur vie quotidienne, jamais ils n’ont à ce point aspiré à une alimentation plus saine, un environnement plus favorable à la santé, un développement économique respectueux de l’environnement. Et dans le même temps, soyons lucides : les écologistes n’arrivent pas à convaincre.


 

Pourquoi cette difficulté à traduire les aspirations écologistes de la société, selon vous ?

 

L’écologie politique est trop souvent perçue comme revêche, déconnectée de la réalité de la vie quotidienne. Je veux porter une écologie positive, constructive, qui ne cherche pas à imposer mais à convaincre, qui soit capable de compromis. Tous les jours, dans la Vienne et dans le cadre de mon mandat de députée, je rencontre des producteurs, des agriculteurs, des entrepreneurs qui sont conscients des enjeux environnementaux et climatiques, qui agissent et imaginent des solutions qui marchent. D’autres aimeraient aussi s’engager sur cette voie mais n’en ont pas toujours les moyens.

 

J’ai envie que l’action politique accompagne ces gens-là : ils créent de l’emploi, ils répondent concrètement aux questions qui fondent mon engagement politique.

 

J’ai aussi envie qu’on soit capables de se parler et d’échanger sans anathèmes, sereinement : le débat, c’est sain à condition de respecter tout le monde, de ne pas se faire des procès d’intentions ou s’arcbouter sur des certitudes et des dogmes. Ces derniers mois, j’ai vu trop de militants d’EELV partir, sur la pointe des pieds, sans faire de bruit, parce qu’ils ne supportaient plus le climat interne au mouvement écologiste. Et dans les rencontres que j’ai quotidiennement, je vois des gens qui me disent : « je m’engagerais bien, mais pas pour cette écologie-là.»

 

C’est quoi, selon vous, « cette écologie-là » ?

 

Elle se traduit par des discours, des postures, qui viennent trop souvent parasiter, pour ne pas dire décrédibiliser le travail qu’on fait sur le terrain, comme élus ou militants.

 

Quand j’accompagne les représentants de l’Etat, les élus locaux ou les associations d’accueil de migrants dans la création d’un centre d’accueil de demandeurs d’asile à Loudun, croyez-moi, je ne choisis pas la facilité ou le confort. Je le fais parce que c’est l’intérêt général, et que c’est en résonnance avec ce que je crois, ce que je suis. Ça signifie répondre aux questions, légitimes parfois, sincères le plus souvent, des habitants. Leur démontrer que ces structures sont non seulement indispensables, mais qu’elles peuvent être un facteur de dynamisation du territoire, c’est valoriser des réussites, comme ça a été le cas à Sommières du Clain. C’est rappeler que la résidence des demandeurs est limitée au temps de l’examen de leur demande. C’est lutter contre les fantasmes, les caricatures de ceux qui veulent faire peur, en parlant d’envahissement … Bref, c’est agir concrètement pour que ça marche. Et quand vous découvrez dans la presse des déclarations irresponsables de leaders écologistes qui disent en gros « on doit accueillir tous les migrants, qui qu’ils soient », croyez-moi, ça ne vous facilite pas le travail.

 

Même chose sur le diesel : à l’Assemblée, j’agis et je vote pour supprimer progressivement les avantages fiscaux dont bénéficie ce carburant dangereux. Et on y arrive, petit à petit, parce que c’est long de transformer un pays, de changer des habitudes. En circonscription, je sais les efforts que font les sous-traitants automobiles pour s’adapter aux nouvelles normes. Je sais que c’est long, que c’est dur parfois, et je sais les inquiétudes de ceux qui travaillent pour cette industrie et craignent pour leur emploi. Je rencontre quotidiennement des propriétaires de voitures au diesel, d’engins agricoles qui sont prêts à changer, mais ne peuvent pas le faire dans un délai trop court. Et quand, de la même manière que pour les réfugiés, je découvre des déclarations qui demandent une interdiction du diesel dans dix ans – c’est-à-dire demain !- je vois les peurs que cela génère. Des peurs qui se traduisent par des oppositions fortes, des refus : au final, on ne convainc pas, on braque les gens. Voilà comment les Français, qui sont conscients des risques du diesel, mais en sont également otages, se détournent des écologistes. Voilà ce dont je ne veux plus. Si on veut une écologie qui transforme, une écologie qui accompagne, il faut une écologie qui dialogue et qui fasse preuve de réalisme et de pragmatisme. Parce que ce sont les gens qui changeront la société par leurs comportements, pas les politiques par leurs déclarations.

 

Ce nouveau mouvement s’adresse à qui ?

 

A ceux qui sont partis, à ceux qui aimeraient venir, à ceux qui font le constat que l’écologie partisane dans sa forme actuelle ne marche pas, j’ai envie, avec d’autres, de proposer un mouvement politique authentiquement écologiste et nouveau, dans ses formes d’organisation, mais aussi dans sa philosophie : positive.

 

Avant d’être députée, j’ai été salariée du secteur privé et déléguée syndicale : je sais ce que dialogue social veut dire. C’est défendre des positions, fermement, mais aussi chercher des compromis qui permettent d’avancer. C’est cette manière pragmatique de faire de la politique, cette manière de militer mais aussi d’exercer ses responsabilités dans laquelle je me reconnais.

 

Et c’est bien pour cette raison que je n’ai pas compris la décision de Cécile Duflot et Pascal Canfin de sortir du gouvernement l’an dernier. Les gens qui nous ont élus sur un accord de majorité de gauche non plus.

Cécile et Pascal ont pourtant fait du bon travail au gouvernement. Partir au moment où on leur proposait le ministère de l’écologie, du développement durable et de l’énergie est invraisemblable. Ce refus a été un choix individuel, sans concertation alors que notre action parlementaire a été directement impactée par cette sortie du gouvernement. Même si j’aurais aimé que Cécile prenne la tête de ce ministère, je n’ai pas non plus apprécié le verrouillage pour empêcher d’autres écologistes de prendre ces responsabilités qu’elle a refusées.

    

Les Français qui nous ont élus n’attendent pas de nous que nous soyons de simples commentateurs, mais des acteurs qui mettent les mains dans le cambouis, avec les compromis qui s’imposent dans ces situations. Soyons lucides : les  rapports de forces politiques nous obligent au compromis. Attendre que des écologistes accèdent seuls aux responsabilités pour faire de l’écologie, c’est tout simplement abandonner l’écologie.

 

Ce n’est donc pas un choix de carrière ?

 

J’ai 56 ans : c’est un peu tard pour avoir les dents qui poussent, non ?  

 

Ma vie, c’est une succession de choix personnels, mais aussi collectifs : celui de quitter mon pays de naissance, la Belgique, pour rejoindre celui qui est devenu mon mari. Celui de quitter mon métier en Belgique – j’étais institutrice- alors que je ne pouvais pas l’exercer en France. Celui d’être successivement vendeuse en magasin, puis employée de banque. Et pendant tout ce temps, j’ai milité pour l’écologie. Aujourd’hui je suis députée, entièrement consacrée à l’exercice de mon mandat. Vous  croyez vraiment que tout cela, ça ressemble à un « plan de carrière » ? A chacun d’en juger.

 

Qu’est-ce que votre adhésion à écologistes!  va changer à votre  travail parlementaire ?

 

Je demeure une députée écologiste, membre d’un groupe politique pluraliste, à l’existence duquel je reste très attachée. Je continue à agir au sein de la commission des affaires sociales, pleinement engagée sur les sujets qui me tiennent à cœur : un dialogue social équilibré dans les entreprises, la solidarité avec les plus fragiles, les questions de société. J’ai passé la semaine dernière en commission sur le projet de loi sur la fin de vie, que j’essaie de contribuer à améliorer pour qu’il réponde mieux aux attentes des Français sur un sujet qui nous concerne et  nous concernera tous. La semaine prochaine, je porterai des amendements dans le débat final dans l’hémicycle.

 

De la même manière, sur le terrain, je poursuis mon action de soutien aux projets de reconversions écologiques des entreprises, que ce soit dans le bâtiment ou l’automobile par exemple, je continuerai mon combat auprès de l’association ASPECT contre l’installation d’une ferme usine de 1200 taurillons à Coussay les Bois, ou encore à peser sur les réaménagements des dessertes des gares TGV pour que notre territoire conserve ses liaisons avec Paris et Bordeaux. Vous l’aurez compris, je reste écologiste, mes convictions n’ont pas changé, je crois surtout que ce nouveau mouvement me facilitera davantage leur mise en œuvre.

 

Et vos prises de position, elles seront plus libres ?

 

Sans doute : j’avoue que je suis totalement en désaccord avec les choix faits par mon ancien parti en Nord Pas de Calais Picardie et en PACA par exemple : face au danger du Front national, les petits calculs en vue de 2017 et l’alliance avec le parti de gauche qui refuse le rassemblement pourtant indispensable me choquent profondément. Je suis plus libre de le dire aujourd’hui.

 

L’arrivée annoncée de Marine Le Pen à la tête du Nord Pas-de-Calais Picardie nous concerne tous, même en Poitou-Charentes, car cela ne ferait que la renforcer pour 2017. Ceux qui veulent se mettre des œillères et ne regarder que leur propre région et ignorer les alliances mortifères que nouent leurs camarades ailleurs font une grave erreur.

 

De la même manière, j’ai très mal vécu le refus de certains écologistes de la Vienne d’appeler à voter à gauche au deuxième tour aux départementales – parfois même face au FN ! Cette irresponsabilité, ce sectarisme, je ne les supporte pas et je n’en peux plus de devoir, parce qu’ils venaient de mon parti, m’en expliquer en permanence.

 

Et puis il y a une autre réalité à prendre en compte : les partis politiques reposent souvent sur une fiction, celle qu’il faudrait que tout le monde soit d’accord sur tout. Or, on sait que ce n’est pas vrai, que ce n’est jamais vrai, dans aucune organisation d’ailleurs.

 

Fonder écologistes!, c’est dire tout à la fois que nous avons des convictions en commun sur l’écologie, qui nous amèneront à agir en commun, mais également que nous ne prétendons pas imposer une ligne politique unique sur le reste.

 

Regardez les questions sociétales : chacun connaît mes engagements sur la fin de vie, ou sur d’autres débats. Est-ce que ces convictions je veux les imposer ? Evidemment non, parce que je sais très bien que ce n’est pas un vote d’un organe d’un parti qui fera que ses militants ou ses électeurs abandonneront leurs points de vue s’ils sont différents du mien.

 

Et c’est la même chose sur d’autres sujets : en quoi être écologiste signifierait qu’on devrait partager obligatoirement le même point de vue sur des questions de droit social, d’éducation ou encore de sécurité ? Etre forts et déterminés sur ce qui nous rassemble, l’écologie ; accepter nos différences sur ce qui nous distingue : bref, pratiquer une écologie de la tolérance et du dialogue, c’est ça l’enjeu. Et cela contribuera aussi à avoir une parole plus sincère.

 

Vous êtes une élue nationale, mais vous militez sur un territoire, avec des gens qui vous ont soutenue ou vous ont élue : qu’avez-vous à leur dire ?

 

Mes engagements locaux  sont clairs, et désormais sans doute également plus faciles à

porter parce que je suis dans une démarche de cohérence et de clarification : je veux faire vivre l’écologie au sein du rassemblement de la gauche et des démocrates qui a permis l’alternance en 2012. A l’Assemblée, mais aussi là où j’habite et je milite depuis plus de 30 ans.

 

Au regard de votre nouvel engagement, quelle sera votre place dans la perspective des régionales en Aquitaine-Poitou Charentes- Limousin ? 

 

Ce qui m’importe, c’est que la nouvelle grande région qui se construit le soit dans la solidarité entre les territoires, dans le souci de la cohésion sociale, et qu’elle porte une ambition écologique forte. Cette ambition doit s’incarner dans un soutien aux activités économiques innovantes, aux technologies respectueuses de l’environnement, à une agriculture qui sorte de la crise par le haut – c’est-à-dire en visant l’excellence alimentaire et la qualité. C’est cela l’enjeu des régionales. Un enjeu dont les medias parlent peu malheureusement, car les questions politiciennes prennent toute la place.

 

Cela suppose que la gauche et les écologistes soient en mesure de se présenter ensemble au deuxième tour, qui sera le tour décisif pour être élus et mener à bien ces projets. Mon rôle, c’est d’y contribuer. Françoise Coutant a su résister aux sirènes des alliances politiciennes avec ceux qui parient sur l’échec de la majorité, quitte à ouvrir un boulevard à l’extrême droite. Je lui en suis reconnaissante. Le tour déterminant, ce sera le deuxième.

 

Pour ce qui est de ma place dans ces élections, elle est là où je pourrai faciliter l’union au deuxième tour car l’objectif est bien que la région reste à gauche.