"Pourquoi s'occupe-t-on si mal de nos aînés ? " : Ma question à Marisol Touraine

A l'occasion d'une séance de questions à la Ministre des Affaires Sociales et de la Santé, j'ai souhaité évoquer le difficile sujet du mal mourir en France. En effet, les nombreuses auditions que j'ai menées dans le cadre de ma proposition de loi sur la fin de vie ont soulevé de nombreuses situations intolérables dans notre pays : qu'il s'agisse de l'abandon social de nos aînés dans les EPHAD, du manque de traitements de la douleur ou encore de l’hospitalisation à outrance au détriment souvent de l'accompagnement.

 

Retrouvez ma question ainsi que la réponse de la ministre. 

Mme Véronique Massonneau. Madame la ministre, comment se fait-il que nous nous occupions si mal de nos aînés en France ? Les chiffres sont accablants : les plus de 65 ans représentaient 20 % de la population en 2012, mais 28 % des suicides.

Je veux profiter de ce débat pour vous dire à quel point les auditions que j’ai menées, dans le cadre de ma proposition de loi visant à assurer aux patients le choix de leur fin de vie, m’ont marquée.

Quelle que soit leur opinion sur le droit à choisir sa fin de vie, tous les acteurs auditionnés se retrouvent sur un constat : les conditions de la fin de vie en France sont loin d’être dignes.

Et je ne parle pas seulement du manque de places en soins palliatifs pour les malades en fin de vie : le constat vaut aussi pour les personnes qui meurent de ce qu’on a coutume d’appeler leur « belle mort ».

Le professeur Régis Aubry me confiait le témoignage d’une dame âgée, hébergée en EHPAD, qui expliquait : « Je suis là où je n’ai jamais voulu être, et je paie pour ça. » Terrible paradoxe auquel la loi d’adaptation de la société au vieillissement a voulu remédier. Je salue l’existence de ce texte, mais il risque d’être insuffisant. Peut-être faut-il sensibiliser les Français dès le plus jeune âge – pourquoi pas à l’école, pourquoi pas au travers d’une forme de service civique ? – à l’isolement, et parfois même l’abandon, des personnes âgées ?

Nous ne pouvons tout attendre de l’État, encore moins demander qu’il s’occupe de nos aînés à notre place.

Toujours selon le professeur Aubry, 70 % des Français souhaitent mourir chez eux, alors que 70 % meurent à l’hôpital. Jean-Claude Ameisen me disait que 85 % des EHPAD n’ont pas d’infirmier formé à l’accompagnement à la fin de vie ou à la prise en charge de la douleur. Les inégalités perdurent donc, même en fin de vie.

Les hôtes des EHPAD sont ainsi, trop souvent, dirigés vers les urgences, pour y mourir au moindre accident. Comme si le médical devait intervenir toujours, comme si nous n’acceptions pas la mort comme l’étape ultime de la vie. Pour ces raisons, on n’accompagne pas ces personnes : on les confie aux personnels médicaux, on soulage sa conscience en imaginant que ce n’est plus son rôle d’être auprès d’elles.

Madame la ministre, devant le terrible tableau que je viens de dresser, comment envisagez-vous de restaurer la solidarité intergénérationnelle entre les Français et de développer une approche différente de la fin de vie par les personnels soignants et accompagnants ?

Mme la présidente. La parole est à Mme la ministre.

Mme Marisol Touraineministre. Vous posez une question très difficile, très douloureuse, qui montre bien que la prise en compte des personnes âgées dans notre société ne doit pas se limiter pas à un nombre de places dans les établissements.

L’année dernière, le professeur Aubry, que vous avez cité, avait rédigé au sein de l’Observatoire national de la fin de vie un rapport concernant plus précisément les personnes âgées en fin de vie, et formulé des préconisations.

C’est vrai, il nous faut réfléchir à ce que vous indiquiez : la volonté très majoritaire des personnes de finir leur vie chez elles, alors que très majoritairement elles finissent leur vie à l’hôpital, dans une structure médicalisée. Or, ce n’est pas de médicalisation dont on a besoin.

Le projet de loi sur l’adaptation de la société au vieillissement, qui a été présenté par Laurence Rossignol et qui sera adopté cette année, apporte un certain nombre de réponses. Il n’est pas exactement centré sur cette préoccupation de la fin de vie, mais il permet d’améliorer la situation des aidants et, ce faisant, d’améliorer la prise en charge à domicile.

Au-delà des différences de position que nous pouvons avoir sur la fin de vie, il est nécessaire de favoriser le développement des soins palliatifs et d’y former l’ensemble des professionnels de santé. Le développement de ces soins me semble devoir être recherché tout particulièrement dans deux directions : les soins palliatifs à domicile, les soins palliatifs dans les maisons de retraite, car c’est là, souvent, qu’on est le moins bien accompagné.

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