Portrait : "Véronique Massonneau, elle a la cot"

 

 

LES DÉPUTÉS DE L'AN II (3) Chaque semaine, rencontre avec un élu qui fait l'actualité. Aujourd'hui, l'élue EE-LV, oratrice sur les retraites, interrompue par des caquètements de poule lors d'un incident de séance. Par Charlotte Rotman.

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Elle est concentrée, elle lit ses notes dans l'hémicycle. Chef de file du groupe écologiste pour la réforme des retraites, ce mardi 8 octobre, elle est en train de défendre un amendement sur l'allongement de la durée de cotisations. Du sérieux, quoi. Mais la voilà qui s'interrompt, s'interroge : «Mais ça suffit, mais qui fait ça ?»... «J'entends un bruit, au début je ne me dis pas que ça m'est destiné, retrace-t-elle. Puis ça devient plus audible. C'était un roucoulement, un caquètement.» Sur le moment, Véronique Massonneau a quelques secondes d'incrédulité. Cela vient des rangs de la droite, du député du Morbihan Philippe Le Ray. 

«Il était hilare. Là, ça m'a fâchée. Sur un texte important comme celui des retraites!» En séance, elle réplique : «Je ne suis pas une poule», pour lui rabattre le caquet. Le «poulegate» démarre.

«VOUS CAUTIONNEZ ÇA ?»

Juste après, Véronique Massonneau va voir son collègue UMP : «"Pourquoi tu as fait ça ?"Il était goguenard et n'a pas dit un mot. A ses côtés, il y avait deux députées femmes, je les ai interpellées : "Vous cautionnez ça ?" »En séance, Claude Bartolone a condamné les propos de l'élu, sanctionné ensuite par un rappel à l’ordre avec inscription au procès-verbal, «compte tenu du caractère sexiste» de son comportement. «Il a eu raison de marquer le coup, les Français nous regardent», estime Véronique Massonneau.

Une semaine plus tard, installée dans un café aux abords de l'Assemblée, la députée de la Vienne tire les leçons de l'épisode. Au calme. Elle ne se fait pas passer pour une martyre. Elle ne veut pas non plus que l'on croie qu'elle est «une bonne femme qui ne supporte pas qu’on lui dise qu’elle a mis une belle robe». A l'écouter, on a plutôt de la peine pour le pauvre député qui a laissé parler ses instincts et prouvé que le machisme n'avait pas disparu du Palais Bourbon. Surtout quand elle raconte comment il s'est défendu : «Il m'a dit, je ne peux pas être sexiste : j’ai des collaboratrices...», rapporte Véronique Massonneau. «Il doit s'en mordre les doigts», glisse-t-elle.

«LA PARITÉ, C’EST ÇA LA SOLUTION»

Certains n'ont toujours rien compris. Croyant bien faire, des hommes ont soutenu la députée : «Ils me disent, "C'est bien". Puis ils concluent : "Vous êtes une belle femme, très séduisante".» On n'en sort pas.Elle ajoute : «Je suis contente d’avoir l’âge que j’ai. J’ai vécu, je suis mamie. Je pense que c’est plus difficile pour les trentenaires...»

L'élue écolo souligne aussi que la petite phrase provient d'un groupe à majorité masculine : «Ce n'est pas un hasard : 27 femmes sur 172 députés UMP. C'est par la parité qu'on changera les choses. C'est ça, la solution.» Là-dessus, le groupe EE-LV qui avait voulu instituer une double présidence paritaire est en avance.

Signe «encourageant», le dérapage (qui n'est pas le premier, ni le dernier) a eu un retentissement important. Le buzz n'a pas laissé l'épisode de côté et l'a intégré dans sa machine à polémique. Le mercredi, les femmes députées de gauche, solidaires, ont boycotté ensemble l’ouverture de la séance.

«PAS HORS SOL»

Véronique Massonneau est née en Belgique, il y a 54 ans, dans une famille nombreuse. Avec un père agriculteur, bio avant l'heure, passionné de politique, et une mère assistante sociale, très attentive au sort des femmes et des familles, elle grandit avec l'habitude de «l'empathie, de l'écoute des autres»«C'est comme ça et pour ça que j'aime faire de la politique», explique-t-elle. Elle est entrée chez les Verts en 2000. «J'ai été invitée à une réunion. J'ai adhéré dans la foulée. J'étais mûre.»

Arrivée en France, pour vivre avec son mari, elle n'a pas pu bénéficier d'équivalence de diplômes et devenir institutrice. Elle a d'abord vendu des chaussures, des fringues, puis est rentrée à la Caisse d'épargne, au guichet, en 1995. Elle s'est très vite syndiquée. «C'est une bonne formation pour faire de la politique : on apprend la prise de parole, on voit les dirigeants comme les interlocuteurs, on construit un rapport de force, on doit convaincre, argumenter.» Elle juge utile aussi d'avoir eu une vie professionnelle avant de devenir députée. «Quand on parle retraites ou mariage pour tous, on n'est pas hors sol, on parle de la vie des gens.» Est-ce pour cela qu'elle est soucieuse du lien entre les citoyens et l'institution ?

En tout cas, Véronique Massonneau, comme beaucoup d'écolos, est très à cheval sur la transparence : sur son site apparaissent ses collaborateurs (souvent maintenus dans l'ombre), l'utilisation de sa réserve parlementaire, son patrimoine (alors que les députés ne sont finalement pas tenus de le rendre public). «Je n'ai pas honte de ce que je gagne, vu le boulot qu'on fait ici. Et une fois que j'ai fait ça, je n'ai plus eu aucune question.» Elle fait également des comptes rendus de son mandat dans sa circonscription, la 4e de la Vienne. Quatre réunions au mois de septembre ont porté sur les retraites, la fin de vie, la ruralité et les déserts médicaux. Ces fois-là, pendant qu'elle expliquait comme elle travaillait, personne ne l'a interrompue par des cris d'animaux.

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