Des mots pour bouclier...

Suite à cette nouvelle séquence du mariage pour tous qui vient de s'achever, j'éprouvais le besoin d'écrire un billet à ce sujet. D'une part pour raconter en quelques mots l'émotion de mercredi soir et, d'autre part, pour remercier et réaffirmer mon soutien à toutes celles et tous ceux qui m'ont écrit depuis. 

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Une nouvelle semaine s’achève. Mais celle-ci n’a rien en commun avec les précédentes et celles qui suivront. Elle restera, à jamais, gravée dans ma mémoire. Ma mémoire de parlementaire et ma mémoire de femme.

Je dois l’avouer, je n’avais jamais imaginé, lors de la campagne électorale, puis le jour de mon élection, que la fonction de députée pourrait être un tel vecteur émotionnel. 

Il faut dire que manipuler un code civil ou un code de la santé publique par exemple n’a rien de bien « magique ». Mais la politique, le rôle du législateur, ce n’est pas uniquement cela. C’est faire vivre son expérience humaine, la partager. Je l’ai appris à mes dépens, ce n’est pas forcément la pratique la plus courante et elle est alors sujette à railleries, à quolibets et moqueries. Sur le moment, ce n’est clairement pas facile à vivre. 

Lors de mon intervention, en citant quelques prénoms de vraies personnes, de vrais couples, ces prénoms symbolisant l’amour, j’ai dû garder mon calme en dépit des invectives stupides, pour ne pas dire plus, de députés de l’opposition. Mais je ne pouvais que rester concentrée. Je ne pouvais que rester concentrée car je pensais réellement, profondément, et sincèrement aux personnes que je citais. Mon combat, il ne repose pas sur le code civil, il ne repose pas sur la rédaction du terme de « père », de « mère », de « époux » ou « maris et femmes » dans tel ou tel code. Il repose sur la signification concrète de ces termes. Il repose sur les hommes et les femmes qui les incarneront, qui pourront, après le vote de cette loi, endosser, comme tout-e citoyen-ne, le costume de père, de mère, d’épouse et d’époux.

En pensant à tous ceux-là, en pensant à leurs futurs mariages, à leurs futurs enfants, j’ai ressenti la réelle utilité de mon mandat : œuvrer pour l’humain. Je manque de mots pour vraiment décrire cette émotion qui m’a alors envahie, je crois que c’est un mélange de fierté d’agir pour l’égalité, pour le bien ; de bonheur en pensant à celles et ceux que je citais qui pourront très bientôt bénéficier des mêmes droits ; mais également de colère face à tout ce qui avait pu être dit, tous ces débordements nauséabonds venus de gens qui ne mesurent absolument pas les conséquences de leurs propos. Mes larmes, sincères et impromptues, sont le résultat de cette émotion.

 

Incapable d’aller me rasseoir après avoir conclu mon intervention, je suis allée à la Buvette et j’ai alors pu constater le nombre, assez impressionnant, de retours sur Twitter. Beaucoup de messages de remerciements, de soutien, d’encouragements, de fierté et de personnes ayant été touchées par ce que j’avais dit. J’ai également reçu de nombreux mails bouleversants. Je n’ai pas pu répondre personnellement à tout le monde, hélas.  

Aussi, je voulais profiter de ce billet pour dire à tous ceux qui m’ont écrit à quel point je suis fière d’avoir porté leur parole, trop peu souvent entendue durant cette séquence. Je suis vraiment sincèrement et profondément touchée par tous les mots que l’on m’a adressés. 

Les larmes m’ont rarement quittée depuis mercredi soir : chaque nouveau tweet, chaque mail, chaque lettre me noue la gorge, m’embue les yeux. Chaque message m’a également servi d’armure lors de la suite du débat. Pour tenir face aux propos abominables des députés UMP, je pouvais repenser à ces mots, ces mercis, ces encouragements. Et, quand Guillaume Larrivé se vantait d’être allé voir les manifestants de l’inégalité en exhortant la majorité à en faire de même car c’est là que se situe, selon lui, la « France réelle » ; je relisais tous ces mails et tweets et je pouvais en toute simplicité me dire : « Non, la vraie France, elle est là, en souffrance, en silence et c’est pour elle que je me bats ».

 

Enfin, je dois le reconnaître, cette séquence m’a épuisée, psychologiquement et physiquement. Je ne pourrai, et je le regrette terriblement, être présente mardi à l’Assemblée nationale pour cette journée historique. Mais grâce au système de délégation de vote, mon collègue Sergio Coronado pourra voter par procuration en mon nom, bien heureusement J’aurai toutes mes pensées tournées vers mes collègues qui voteront pour ce projet de loi et vers toutes les femmes et tous les hommes qui attendent impatiemment ce moment.

 

Trois mots pour conclure ce billet : MERCI A VOUS !

 

VM

 

PS : j’espère bien être invitée à certains mariages !

 

 

 

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Commentaires : 7
  • #1

    Wilfred de Bruijn (samedi, 20 avril 2013 13:24)

    Chère Madame
    Merci de votre courage et persévérance.
    On est avec vous!
    Bien cordialement,
    Wilfred de Bruijn

  • #2

    Pascalou (samedi, 20 avril 2013 14:15)

    Un immense merci pour votre combat... J'ai suivi les débats en direct et j'avoue que tous ces mots jetés par ces gens haineux me sont arrivés dans la face un à un... Encore merci à vous et aux autres... Vous resterez gravée dans ma mémoire jusqu'à la fin de mes jours ;-)

  • #3

    Ludovic Boulet Hamon (samedi, 20 avril 2013 15:09)

    Merci à vous et votre engagement et ces mots que nous ne pourrons oublier et qui nous portent aussi au quotidien afin de combattre cette homophobie ordinaire qui ravage et souille notre pays.
    Madame, merci à nouveau.
    Nous sommes de tout coeur avec vous.
    LBH

  • #4

    Claude P (samedi, 20 avril 2013 16:13)

    N'ayez pas honte de vos larmes. J'ai moi même souvent pleuré de rage en écoutant certains de vos collègues. Avec vous, ce fut d'émotion de voir une député humaine. N'ayez pas honte de vos larmes : bientôt, dans les mariages, ce seront des larmes de joie. Merci madame

  • #5

    Charles (samedi, 20 avril 2013 18:57)

    Vous avez mon soutien

  • #6

    Louis (samedi, 20 avril 2013 19:19)

    C'est grâce à des mots simples et vrais comme les vôtres que nous gardons espoir malgré la violence et les insultes. Bravo. Et merci.

  • #7

    Lise (samedi, 20 avril 2013 19:45)

    Madame, merci à vous. Merci de nous avoir réellement représentés, d'avoir rappelé que nous sommes des personnes bien réelles, et pas seulement des égoïstes capricieux sans aucune considération pour les enfants. Merci d'avoir pensé à nous, à nos couples, à nos familles. Avec des discours comme le vôtre, j'ai l'impression de retrouver un peu de la dignité qui m'est enlevée chaque fois que j'entends les propos blessants de ceux qui pensent que ma compagne et moi allons provoquer l'apocalypse en nous mariant et en fondant une famille.

    Merci !