Fin de vie : Stop à l'hypocrisie

Ce vendredi 19 avril, Véronique Massonneau a publié une tribune, cosignée par 12 écolodéputés, dans la page Rebonds de Libération à propos de la fin de vie. Dans une semaine marquée par la mobilisation de l'Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité (ADMD) et l'examen en commission de la PPL Léonetti, la députée écologiste a voulu développer sa position sur le sujet.

 

lire la suite

Fin de vie : stop à l’hypocrisie !

Par Véronique Massonneau

 

Il est temps d’agir et de légiférer courageusement ! Alors que, depuis lundi, l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD) est entrée dans sa grande semaine de mobilisation, la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale a examiné ce mercredi une proposition de loi de Jean Léonetti visant à renforcer les droits des patients en fin de vie.

 

Ce texte, qui s’inscrit dans le cadre de la « niche parlementaire » du groupe UMP, ne fait que reformuler la loi du 22 avril 2005, du même auteur, relative aux droits des malades et à la fin de vie. Certes, lors de sa promulgation, la loi dite « Léonetti » marquait une avancée importante en permettant le développement des soins palliatifs et la réduction considérable de l’obstination thérapeutique. Mais elle demeure bien insuffisante. Cette soi-disant « nouvelle » proposition de loi n’apporte en réalité rien de nouveau aux patients en fin de vie. Elle prône, au contraire, un statu quo sous couvert d’appellations différentes. Des soins palliatifs donc, encore et toujours ! Pourtant la pratique de l’euthanasie existe en France, pour le moment sous une forme hypocrite, et 90% de nos concitoyens sont favorables à sa légalisation.

 

« Je proposerai que toute personne majeure en phase avancée ou terminale d’une maladie incurable, provoquant une souffrance physique ou psychique insupportable, et qui ne peut être apaisée, puisse demander, dans des conditions précises et strictes, à bénéficier d’une assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité ». Tel était l’engagement 21 du candidat François Hollande lors de la campagne pour l’élection présidentielle. Les défenseurs du droit de mourir dans la dignité, de l’aide active à mourir, dont nous faisons partie, s’en réjouissaient. Mais il faut désormais passer des paroles aux actes. Ne restons pas cantonnés à la législation actuelle, reformulée par une proposition de loi qui vise principalement à conforter la position de son auteur avant l’examen du projet de loi gouvernemental annoncé pour 2013. Surtout, ne nous enfermons pas dans des clivages politiques, ne nous enfermons pas dans des postures. Notre seul leitmotiv doit être d’apporter des réponses à nos concitoyens en fin de vie et qui souffrent.

 

Aussi, nous considérons qu’il n’existe pas une réponse, mais plusieurs. Nous considérons que l’euthanasie active n’est pas la solution idoine, comme ne le sont pas les soins palliatifs. Nous considérons simplement que tous les individus sont différents, que leurs convictions et leurs aspirations sont différentes et, donc, que leurs volontés sont différentes. Si nous voulons répondre à leurs attentes, il faut alors leur offrir le choix. Le choix entre les soins palliatifs, l’euthanasie active ou le suicide assisté. La légalisation de l’euthanasie, en Belgique par exemple, a d’ailleurs entraîné un développement des soins palliatifs, eux-mêmes souvent première étape avant l’aide active à mourir. Ainsi, nous pensons que chacun doit être libre de choisir comment il souhaite mettre un terme à ses souffrances, et de quelle manière il souhaite assurer sa dignité face à la mort.

 

C’est pourquoi, nous souhaitons la légalisation de l’euthanasie active et du suicide assisté ! Il conviendra, évidemment, d’instaurer des garde-fous : l’aide active à mourir ne doit être dispensée qu’à une personne atteinte d’une affection grave et incurable ; dont la souffrance physique ou psychique est établie, inapaisable, constante et insupportable ; et qui aura répété sa volonté à plusieurs reprises, sans pression extérieure. Une commission nationale sera également chargée de l’évaluation de l’application de la loi.  Ce sont nos propositions, nos souhaits pour un véritable accompagnement et un réel renforcement des droits des patients en fin de vie.

 

Cosignataires : Barbara Pompili, François de Rugy, Brigitte Allain, Isabelle Attard, Danielle Auroi, Denis Baupin, Michèle Bonneton, Sergio Coronado, François-Michel Lambert, Noël Mamère, Paul Molac, Eva Sas (député-e-s écologistes)

 

 

Écrire commentaire

Commentaires : 4
  • #1

    André Depouille (vendredi, 19 avril 2013 12:33)

    Je suis pour tout progrès dans le sens voulu par l'ADMD mais je ne suis pas d'accord avec la phrase "l’aide active à mourir ne doit être dispensée qu’à une personne atteinte d’une affection grave et incurable ; dont la souffrance physique ou psychique est établie, inapaisable, constante et insupportable". Cette restriction signifie que de nombreuses personnes seront toujours obligées à se jeter sous les trains (ou les métros).
    André Depouille habitant Niort - membre ADMD en Belgique - . Mais je soutiens Véronique Massonneau puisque son combat va dans le bon sens.

  • #2

    Jacqueline Laurent (vendredi, 19 avril 2013 17:28)

    Bravo pour votre réponse à Jean Leonetti !
    Bravo pour votre pression sur le gouvernement afin qu'il fasse enfin connaître son projet de loi.
    Mais pourquoi vous arrêter en chemin, pourquoi ne pas suivre les termes de la proposition de loi de l’ADMD, adoptée lors de la 31e assemblée générale du 18 juin 2011, qui ne s’adresse pas uniquement aux « personnes atteintes d’une affection grave et incurable » mais à « toute personne majeure et capable, en phase avancée ou terminale, même en l’absence de diagnostic de décès à brève échéance, atteinte d’au moins une affection accidentelle ou pathologique avérée, grave, incurable et/ou à tendance invalidante et incurable, infligeant une souffrance physique ou psychique constante et inapaisable ou qu’elle juge insupportable. »
    Voir aussi le texte de Jean-vincent Placé sur la dignité :

    http://www.huffingtonpost.fr/jeanvincent-place/rapport-loi-euthanasie_b_2324002.html

  • #3

    BAUDOUIN pierrette (jeudi, 25 avril 2013 12:54)

    Je souhaite que votre intervention fasse avancer ce droit fondamental: liberté de vivre ou de mourir,arrêt de la croyance religieuse qui donne à Dieu seul ce pouvoir, le retirant ainsi à l'Homme. Dans une République laïque,cette délégation n'a pas de sens. Que les croyants souffrent s'ils le veulent, mais n'imposent plus leur idéologie à tous leurs concitoyens !!!

  • #4

    vilalta (samedi, 27 avril 2013 01:48)

    Je vous félicite pour votre intervention sur les soins palliatifs, juste et réfléchie.