Mariage pour tous : "Derrière ce texte de loi, c'est la vie d'hommes et de femmes qui est en jeu"

Mercredi 17 avril 2013, Véronique Massonneau est intervenue lors de la discussion générale de la 2e lecture du projet de loi ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe. La députée écologiste a ainsi rappelé son attachement à ce texte, le besoin d'apaisement par les responsables politiques et, surtout, toute l'importance qu'il revêt pour des milliers de familles, de femmes et d'hommes qui pourront se sentir pleinement citoyens. Elle a également pu insister sur la fierté de voter un texte historique qui améliore la vie.

 

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M. le président. La parole est à Mme Véronique Massonneau.

Mme Véronique Massonneau. Nous abordons le dernier épisode du long feuilleton législatif de ce texte qui ouvrira très bientôt mariage et adoption aux personnes de même sexe.

Chacun constate qu’à l’approche du dénouement, la tension monte. Non que les données du débat aient changé : au texte initial, rien n’a été ajouté, comme certains le craignaient ou comme d’autres, dont je suis, l’espéraient puisque même la question de la PMA n’y est pas abordée. Des travaux parlementaires est sorti un texte amélioré dans sa rédaction et précisé dans ses dispositifs, mais qui porte exclusivement sur l’ouverture du mariage aux personnes de même sexe et sur leur droit à adopter conjointement un enfant.

Mais la tension dont je parle est un phénomène classique quand un débat fait se rencontrer des visions du monde, des conceptions de la vie, et des convictions différentes. C’est humain.

Ce fut le cas lors du vote sur l’interruption volontaire de grossesse.

Ce fut le cas lors de l’adoption du PACS.

C est le cas aujourd’hui.

Notre rôle à nous, représentants du peuple, mais également responsables politiques – responsables ! Les mots ont un sens ! – est de ne pas faire durer inutilement cette tension.

Quand tout a été dit, quand tous les arguments ont été échangés, quand l’issue du vote du Parlement ne fait plus aucun doute, il faut conclure.

M. Laurent Wauquiez. C’est ça ! Et que l’opposition se taise !

Mme Véronique Massonneau. Nos collègues de l’UMP ont décidé d’utiliser pleinement le temps de parole dont ils disposent lors de cette deuxième lecture. C’est compréhensible, c’est le jeu de la démocratie. Mais ce fonctionnement démocratique suppose également que soit reconnu un principe simple, celui de l’expression majoritaire qui aboutira mardi au vote de ce texte.

La responsabilité consiste donc à ne pas faire durer inutilement les débats, et à prendre de la hauteur.

Prendre de la hauteur c’est, à mon sens, revenir à des questions simples : de quoi parlons-nous – et, avant tout, de qui ?

Ils s’appellent Émilien et Yohann, Laurent et Donatien (Exclamations sur les bancs du groupe UMP), Patrick et Dominique, Stéphane et Laurent, Matthieu et Pascal.

Elles s’appellent Jeanne et Sylvie, Laure et Catherine, Bérénice et Claire, Anne et Laurence, Sarah et Carine.

Plusieurs députés du groupe UMP. Et alors ?

Mme Véronique Massonneau. Je sais, les citer ainsi m’expose à la raillerie. J’entends déjà les moqueries. Je les assume, parce que je ne veux jamais oublier que derrière les décisions que nous prenons ici, entre les lignes des textes de lois que nous débattons, amendons, adoptons, c’est la vie d’hommes et de femmes qui est en jeu.

Celles et ceux que je citais à l’instant, vous ne connaissez pas leurs visages, pas plus que moi parfois : je les ai rencontrés dans ma circonscription, mais je les connais aussi par les lettres qu’ils m’ont adressées, par les contacts qu’ils ont établis avec mes collaborateurs, par les messages échangés sur les réseaux sociaux.

M. Philippe Meunier. Oh là là…

Mme Véronique Massonneau. Ils n’écument pas les plateaux de télévision à la recherche d’une gloire éphémère. Dans la rue, ils et elles se font discrets…

M. Philippe Meunier. Mais arrêtez, vous êtes députée, bon sang !

Mme Véronique Massonneau. … car les discours, mais aussi les actes qui se sont multipliés à leur égard, aux derniers jours de nos débats, leur inspirent une peur malheureusement légitime.

Ils s’aiment, elles s’aiment, et elles et ils aspirent à accéder à un droit qui n’enlèvera aucun droit à personne, mais qui leur permettra de se sentir pleinement citoyennes et citoyens de ce pays.

Et on voudrait nous faire croire que l’exercice de ce droit, qui leur serait déjà acquis s’ils étaient citoyens belges, espagnols, néerlandais, uruguayens…

M. Philippe Meunier. C’est effrayant…

Mme Véronique Massonneau. Oui, on voudrait nous faire croire que leur droit de se marier menacerait les fondements de notre civilisation !

Qui peut y croire, sérieusement ?

Alors, à côté de ceux qui leur refusent toute union au principe qu’elle serait contre nature, ce qui constitue la triste manifestation d’une homophobie ordinaire, nous avons entendu celles et ceux qui plaident pour une union civile.

Mais quelle union civile ? Celle qui donnerait exactement le même statut et les mêmes droits que ceux reconnus par le mariage, mais qui n’emploierait pas le même terme selon l’identité sexuelle des conjoints ?

M. Bernard Roman. Scandaleux !

Mme Véronique Massonneau. Ce serait le choix de l’hypocrisie.

Une union civile qui exclurait un droit, celui de l’adoption ? Ce serait, de nouveau, le choix de l’inégalité, car, oui, le mariage ouvre le droit à l’adoption, ce qui n’est pas la même chose qu’un droit à l’enfant. Un couple homosexuel qui, demain, souhaitera adopter sera soumis aux mêmes évaluations par les services de protection de l’enfance qu’un couple hétérosexuel. La seule différence avec la situation actuelle, c’est que l’identité sexuelle des parents adoptifs ne sera plus un critère d’exclusion de la demande formulée.

Nous avons entendu les protestations de ceux qui nous ont dit que notre décision allait conduire a une inégalité entre ces enfants adoptés, puisque certains auront un papa et une maman, d’autres deux papas ou deux mamans.

Outre le fait qu’il n’y a plus de modèle indépassable de la vie familiale, outre le fait que le droit reconnu aux célibataires à adopter est une réalité qui crée déjà des situations différentes, il y a, à mon sens, un autre argument qui fait tomber l’objection. Cet argument, encore une fois, n’est pas le fruit d’une construction intellectuelle ou d’un débat théorique.

Elles et ils s’appellent Thomas, Ludivine, Samuel, Alix, Tom ou Éva. Certains sont les enfants de ces couples dont je vous parlais à l’instant, des enfants qui, pas plus que des enfants noirs élevés par des couples blancs, ne croient ou ne croiront que leurs parents adoptifs sont leurs parents biologiques, des enfants élevés dans des familles homoparentales aimantes. Par notre vote sur ce texte, ces enfants verront leur situation enfin reconnue par la loi.

Voilà à mes yeux l’essentiel, voilà ce dont il s’agit.

Je vous le dis, mes chers collègues : pour la jeune parlementaire que je suis, jeune dans la fonction, mais également une femme qui a vécu, qui est mère et grand-mère, ce débat aura souvent été une épreuve. J’ai entendu des arguments qui m’ont choquée,…

M. Laurent Wauquiez. Nous aussi !

Mme Véronique Massonneau. …des propos qui m’ont révoltée.

M. Hervé Mariton. Nous aussi !

Mme Véronique Massonneau. Je sais qu’ils ont fait du mal à celles et ceux que j’ai cités tout à l’heure.

M. Hervé Mariton. Il ne fallait pas déposer ce texte, alors !

Mme Véronique Massonneau. Dans quelques années quand nous ne serons plus parlementaires, lorsque nous repenserons à ce débat et au vote de ce texte, de quoi nous souviendrons nous ? Des propos excessifs? Des arguments choquants? Des manifestations de rue ? De la traque que nous aurons parfois subie ?

Je ne le pense pas. Parce qu’entre-temps, nous aurons assisté à des mariages, des mariages qui ne seront pas plus homosexuels que ne sont hétérosexuels les mariages que nous célébrons aujourd’hui. Des mariages, tout simplement. Parce qu’entre-temps nous aurons joué avec les enfants de ces couples, des enfants qui ne seront pas des enfants de couples homosexuels, mais des enfants, tout simplement. Nous aurons partagé leurs joies, les mêmes que celles de toutes les familles reconnues aujourd’hui par la loi (L’oratrice s’interrompt quelques instants – Applaudissements prolongés sur les bancs des groupes SRC, écologiste, GDR et RRDP), leurs douleurs – les mêmes, encore une fois.

Et, s’il est une satisfaction, une fierté même, que nous pourrons tirer de notre participation à l’élaboration de la loi de la République, une seule, ce n’est pas dans les journaux, dans les comptes rendus des débats ou dans les sondages de popularité que nous la retrouverons, non, c’est ailleurs : c’est dans la vie. (Vifs applaudissements sur les bancs des groupes SRC, écologiste, GDR et RRDP.)

 

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Commentaires : 6
  • #1

    Pascal Demouchy (jeudi, 18 avril 2013 09:12)

    Que ça fait du bien d'entendre ces mots dans un climat de haine. Vous m'avez ému. Merci @VMassonneau

  • #2

    J-Paul BODIN (jeudi, 18 avril 2013 09:53)

    Tres belle intervention, je te remercie pour tout mes amis concernés par le texte. Tu nous as touché tu sais. Bises

  • #3

    veroniquemassonneau (jeudi, 18 avril 2013 15:04)

    Merci Jean-Paul,
    Ce fut une épreuve difficile tant les quolibets et les moqueries de la droite m'ont perturbée...
    Je suis heureuse que cette loi soit enfin votée, la France évolue doucement...mais sûrement.
    Merci beaucoup pour ton soutien
    Bises

    Merci @Pascal Demouchy !

  • #4

    caroline c. lyon (jeudi, 18 avril 2013 22:06)

    jai aprtagé votre intervention filmée sur mon mur facebook, et vraiment vous remercie car nous souffrons beaucoup. vous avez été d une belle humanité. et très humaine et intelligente ce jour. : "Voilà LA PERSONNE qui fait que tout ce que nous avons enduré, n'aura pas été complètement vain. Parce que ce qu'elle a dit aujourd'hui est juste SUBLIME, parce que j'ai les larmes aux yeux, de la sentir pleurer, elle, élue, parlementaire superbe, honnête, intelligente, argumentée, hétéro, maman et grand mère si humaine, si tolérante, si INTELLIGENTE, si courageuse. Oui, elle commence doucement et finit admirablement. Elle a tout résumé, e lle est géniale et tellement humaine et enfin ENFIN ENFIN quelqu'un parle VRAIMENT DE NOUS. Dit nos prénoms, CONSIDERE les personnes que nous sommes, dans une REALITE DE nomination, de véracité, quotidienne. BRAVO madame. avec un grand grand M. Et un immense MERCI . Elle dit TOUT, avec Taubira , divorcée, économiste, humble et drôle, engagée, et maman, Erwann Binet, hétéro catho, et ses 4 enfants même combat : même CLASSE. Elégance absolue. Et oui, hypocrisie, inégalité, union civile différenciée à la noix : vrais mots . vraie vérité.. et ce n'est pas un pléonasme, c'est un hommage. Merci vraiment. contre la médiocrité des médias actuels, la course au sensationnalisme, au fric, au buzz, à la vacuité et vulgarité creuse, voilà Hauteur et arguments. la France se sauve avec de telles personnes, qu'elles se reproduisent , elles !!! O.U.F. Vous aviez bien peu d'audience, mais la grace n'est pas loin dans ce micro qu'elle repousse pour taire ses larmes. "

  • #5

    chantepie bernard (dimanche, 21 avril 2013 20:36)

    je n'ai pas vote pour vous au premier tour en 2012 et je le regrette
    En tout cas , bravo pour votre intervention courageuse et humaine au perchoir et bravo pour pour votre honneteté par rapport à la publication de' votre patrimoine:voes contradicteurs ont beau jeu d'avancer que cela ne suffit pas pour régler tous les problémes de collusion entre la politique et le fric , mais c'est une posture necessaire dans le climat actuel
    Bravo continuez

  • #6

    niffle (mercredi, 24 avril 2013 21:40)

    tres bien