Véronique Massonneau : "Oui, ce projet de loi défend le droit de l'enfant"

Le mardi 29 janvier 2013, le débat sur le mariage pour les couples de personnes de même sexe s'est ouvert à l'Assemblée nationale. Véronique Massonneau est intervenue lors de la discussion générale. La députée écologiste a ainsi fait part de ses pensées aux "adolescents rejetés lorsqu'ils découvrent leur orientation sexuelle et qui attendent [des député-e-s] une garantie", tout en rappelant que l'opposition confond "égal et identique".

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M. le président. La parole est à Mme Véronique Massonneau.

Mme Véronique Massonneau. Monsieur le président, madame la ministre, monsieur le rapporteur, madame la rapporteure pour avis, mes chers collègues, en montant à cette tribune, je pense à toutes celles et tous ceux qui nous regardent, le cœur et l’esprit partagés entre une grande espérance et une vraie angoisse.

Leur espoir, c’est de voir enfin établie l’égalité de toutes et de tous devant le mariage, qui est un contrat entre deux êtres qui s’aiment, ont décidé d’unir leurs destins et parfois d’accueillir des enfants pour fonder une famille.

Leur angoisse – et comment pourrait-on leur donner tort ? – c’est de voir de nouveau leur vie jetée en pâture aux caricatures, aux préjugés et aux railleries.

M. Guaino n’est plus là, mais je voulais lui dire que, moi aussi, je pense à des concitoyennes et des concitoyens anonymes qui se sont adressés à moi, par courrier ou lors de rencontres inoubliables, et qui m’ont parlé du texte que nous examinons aujourd’hui. Je ne pense pas seulement à celles et ceux qui ont recopié des lettres-types et qui ont saisi l’occasion de ce texte pour exiger de la République qu’elle obéisse à des lois supérieures à la loi, comme je l’ai lu parfois.

Je pense à ces adolescents rejetés lorsqu’ils découvrent leur orientation sexuelle et qui attendent de nous un message et une garantie : la garantie qu’ils pourront, elles et eux, contrairement à tant d’autres jusqu’à présent, vivre dans une société qui reconnaîtra la plénitude de leurs droits.

Je pense à ces couples qui, comme tous les autres couples, se battent pour assurer leur bonheur, et le bonheur d’enfants qui sont là. Ils demandent le droit de se voir reconnus socialement. Ils attendent de voir reconnue par la loi la réalité qu’ils vivent au quotidien.

Je pense à toutes celles et tous ceux qui se sont battus, au fil des années, d’abord pour la simple reconnaissance de leur identité, ensuite pour l’égalité de leurs droits.

Je pense aux militants, mais aussi et surtout aux anonymes.

Je pense à nos homologues parlementaires belges, espagnols, néerlandais, argentins qui, avant nous, ont débattu de ce sujet. Ils n’ont pas conduit leur pays à la faillite morale ou à la décadence. Ils ont, au contraire, contribué à pacifier leur société.

Et je pense à mon collègue Noël Mamère qui, en célébrant le premier mariage homosexuel, en 2004, a fortement contribué à ouvrir le chemin. (Applaudissements sur les bancs du groupe écologiste.)

M. Hervé Mariton. Quelle ode à l’inégalité ! Et la loi ?

Mme Véronique Massonneau. Mesdames et messieurs de la droite – pas tous, je le sais, je le ressens – vous nous demandez d’écouter les revendications des manifestants du 13 janvier. Mais de quelles revendications parlons-nous : d’un droit à conserver, ou à conquérir ? Non, personne ne verra, par ce texte, ses droits remis en cause.

M. Hervé Mariton. Si !

Mme Véronique Massonneau. On nous parle du droit de l’enfant, mais en optant pour un slogan simpliste : « Un papa, une maman, un enfant ». Mesure-t-on la stigmatisation que cela représente ? (Exclamations sur les bancs du groupe UMP.)

M. Hervé Mariton. C’est simple, pas simpliste !

Mme Véronique Massonneau. Refuser aux familles monoparentales, aux familles homoparentales ce projet de loi, c’est leur dire : « À nos yeux, vous n’existez pas. Nous ne reconnaissons que les familles mariées, composées d’un papa et une maman. »

M. Hervé Mariton. On n’a pas dit ça !

Mme Véronique Massonneau. Vouloir, individuellement, reproduire ce schéma est tout à fait légitime. Ni plus légitime, ni moins légitime que la volonté de fonder une famille sans être marié. Ni plus légitime, ni moins légitime que la volonté de se marier lorsqu’on est homosexuel. Ni plus légitime, ni moins légitime que de vouloir des enfants pour un couple homosexuel.

Je sais que vous allez, à l’écoute de cette dernière phrase, brandir l’argument de la prétendue sanctuarisation du droit à l’enfant, mais à qui ai-je demandé son avis lorsque j’ai eu mon fils ? À qui vous-mêmes qui êtes parents avez-vous demandé son aval lorsque vous avez décidé d’avoir des enfants ?

M. Erwann Binetrapporteur. Très bien !

Mme Véronique Massonneau. Arrêtons l’hypocrisie : derrière ce faux débat du droit à l’enfant, c’est toujours la même question du choix d’avoir un enfant qui est posée. Avant-hier, c’était le choix de laisser faire la nature ou de recourir à la contraception. Hier, c’était le choix de donner la vie ou de recourir à l’IVG. Et demain, ce sera le droit, quand c’est possible, de porter son propre enfant. C’est ce qui amènera les écologistes à défendre dès ce texte, sans attendre la loi sur la famille, un amendement visant à ouvrir la PMA pour les couples de femmes.

Oui, ce texte défend bien le droit de l’enfant. Regardons notre société : les familles homoparentales sont une réalité ! Or, à l’heure actuelle, les enfants issus de ces familles se retrouvent bien souvent sans cadre juridique stable.

M. Hervé Mariton. C’est faux !

Mme Véronique Massonneau. Ce projet de loi a pour but de leur assurer ce cadre juridique.

Vous disiez tout à l’heure, monsieur Mariton, que chacun, sur ces bancs, a ses convictions. Nous nous affrontons, c’est le propre de la vie politique, mais nous tentons, aussi, de nous comprendre. Et je dois vous avouer, en toute sincérité, que cette opposition de certains à l’ouverture d’un droit qui n’en enlève aucun, à personne,…

M. Hervé Mariton. Si !

Mme Véronique Massonneau. …m’étonne – ou plutôt m’étonnait parce que tout à l’heure, au détour de votre discours et de celui de M. Guaino, une évidence est apparue : vous confondez égal et identique.

Il aura fallu des décennies à notre République pour reconnaître qu’un homme et une femme ne sont pas identiques mais doivent être égaux. (Applaudissements sur les bancs des groupes SRC, écologiste, GDR et RRDP.)

De la même manière, un couple homosexuel n’est pas identique à un couple hétérosexuel mais, en République, il doit en être l’égal. C’est de cela qu’il s’agit, mes chers collègues : d’égalité. (Mêmes mouvements.)

 

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Commentaires : 4
  • #1

    Jean-Piere Goumard (mercredi, 30 janvier 2013 19:45)

    Bravo Véronique. Tu as raison, les opposants ne distinguent pas l'égalité de l'identité. Demander l'égalité entre couple homo et hétéro semble tellement normal mais effectivement le mariage homo ne donnera pas une famille identique à celui d'un mariage hétéro.

  • #2

    gaillard (jeudi, 31 janvier 2013 14:10)

    D'accord pour le mariage pour tous mais avez-vous parlé avec des couples qui ont eu un parcours pma. C'est d'abord des mois, des années d'essais avant d'avoir recours à la pma. Ensuite une serie d'examens qui peut durer du mois pour connaitre les probleme du couple puis au bout peut être un bébé ou pas. En résumé, c'est un parcours de souffrance et de culpabilité pour le partenaire responsable de la stérilité du couple. Ouvrir la pma aux couples homosexuels, c'est allonger les temps d'attente des couples en souffrance médicale.
    Bien sur d'autres pays ont ouvert la pma aux couples homos mais dans ces pays les dons de sperme sont payant, les insimination à la charge des couples. Alors ok faisons comme eux mais jusqu'au bout ca permettra aux chomeurs d'avoir un plus à la fin du mois
    ...

  • #3

    inktree (jeudi, 31 janvier 2013 15:33)

    Merci pour votre engagement !

    @gaillard : donc selon vous, un couple hétérosexuel dans le difficile parcours de la pma est plus en souffrance qu'un autre, lui homosexuel ? Ce sont pourtant deux foyers avec un même, profond, projet commun. (Sauf à penser que l'homosexualité est un choix, je ne vois pas pourquoi faire une telle distinction).
    Par contre, je suis de votre avis pour que l’insémination soit à la charge des couples (quant à la monétarisation des dons, là, je ne sais aucune idée).

  • #4

    gaillard (vendredi, 01 février 2013 10:42)

    Ce n'est pas la même souffrance, ils ne connaissent pas la culpabilté d'être stérile,pour un couple homosexuel c'est un état lié à la mère nature elle-même, ce n'est pas un choix mais ce n'est pas une maladie non plus. Et puis on ne peut pas dire que l'on est une personne comme les autres et en même temps vouloir bénéficier de la pma. Les homosexuels ne sont pas infertiles.Ils ont d'autres solutions quand le désir d'enfant est très fort.