Agrocarburants : une niche fiscale anti-environnementale

 

 

 

Il est impératif de lutter contre l'utilisation aveugle des agrocarburants. Les dangers de leur production et les avantages financiers indus obtenus par l'utilisation de cette véritable niche fiscale doivent être combattus.

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Le prix des céréales est en train de flamber, pour trois raisons :
    ⁃    il n'y a plus d'outils de régulation des marchés
    ⁃    certaines régions du monde ont connu de graves sécheresses
    ⁃    mais surtout en raison des volumes de céréales énormes qui partent dans le production d'agrocarburants. Il faut savoir que ces volumes pourraient nourrir 127 millions de personnes dans le monde !
Le cours du blé a grimpé de 50%, celui du soja de 30% et celui du maïs de 45%
Alors que se pose toujours la question de mettre fin à la famine dans le monde, le marché très spéculatif des agrocarburants incite à accaparer les terres les plus fertiles et les moins coûteuses dans les pays du Sud mais aussi en Europe et en France.

Toutes les ONG remettent en cause d'incorporer 10% d'agrocarburants dans les carburants traditionnels, ce qui est la politique européenne actuelle, acquise notamment  par une forte pression des lobbys agro-industriels de type Sofiprotéol. Mais la commission de Bruxelles pourrait bientôt revoir sa position. Car aux voix des ONG se sont ajoutées celles d'organismes des Nations Unies ainsi qu'un nombre croissant de représentants des  secteurs agricole et alimentaire et d'acteurs de la protection de l'environnement.
C'est une aberration économique et environnementale.



 

Gaspiller des terres agricoles n'est plus soutenable alors que la surface agricole diminue de l'équivalent d'un département français tous les 7 ans (c'était tous les 10 ans il y a peu!).

On sait que les cultures intensives de céréales sont gavées de pesticides et posent un réel problème en terme de pollution de l'eau et aussi de consommation d'eau, de recul de la biodiversité, etc.
On sait que l'agriculture intensive est très peu créatrice d'emplois et, quand on voit l'évolution des emplois agricoles dans certaines zones, on peut dire qu'elle en a même détruit.
On sait aussi que les agrocarburants produisent plus de gaz à effet de serre que le diésel !
Le volume net des gaz à effet de serre émis par les agrocarburants au niveau européen d'ici 2020 équivaudra à 12 à 26 millions de voitures supplémentaires d'ici 2020, si on continue dans cette voie.
Les dernières études d'impact sont formelles.

On sait encore qu'entre 2005 et 2010, la filière productrice d'agrocarburants a profité de 2,6 milliards d'aides fiscales cumulées ; Selon Inspection générale des finances, la filière bénéficiera encore de 196 millions d'exonération fiscale en 2012.
S'ajoutent :
    ⁃    les aides de la PAC versées aux agriculteurs
    ⁃    les aides à l'export
    ⁃    les aides publiques aux investissements pour les usines de transformation
    ⁃    et bientôt il faudrait verser des aides directes pour rentabiliser ces investissements, puisque les prix des céréales flambent ??!!
    ⁃    
C'est l'exemple même d'une niche fiscale anti-environnementale que nous, écologistes, souhaitons supprimer. Non seulement pour stopper une « subvention » totalement contre-productive et réaliser des économies substantielles pour le budget national, mais aussi pour ouvrir et développer des filières économiques innovantes, créatrices d'emplois et bénéfiques pour la santé publique, l'environnement et le climat : agriculture biologique (qui touche dix fois moins d'incitations fiscales), isolation des bâtiments et des habitations, industries d'avenir

Jean-Marc Ayrault et le ministre de l'agriculture Stéphane Le Foll ont récemment déclaré qu'il n'est plus pertinent de soutenir les agrocarburants sans se soucier de leur impact sur les prix de la nourriture.
La terre doit être nourricière et il y a des choix à faire.

Si le soutien à la filière des agrocarburants restent en l'état, au niveau français et européen, il faut savoir que, très concrètement, cela signifie, pour notre région par exemple, qu'on accepte que toutes les terres soient accaparées par la culture des céréales. Le Poitou-Charentes, qui est encore une zone agricole mixte de cultures et d'élevage, ne résistera pas à l'explosion des prix des céréales.
Avec le développement des agrocarburants, c'est la fin programmée de l'élevage.


Sur la venue de Xavier Beulin :
Xavier Beulin vient avec ses deux casquettes de président de la FNSEA et de président de Sofiprotéol (groupe spécialisé dans les huiles et protéines végétales, qui se définit lui-même comme « industriel et financier »).
Les élections aux chambres d'agriculture sont proches... Xavier Beulin entament sa campagne et va sans doute se promener un peu partout.
Mais on voit clairement pour quelle agriculture, il milite : celle qui va amener profits et argent publics à son groupe Sofiprotéol... Je me pose la question de l'amalgame et du conflit d'intérêt mais ce n'est pas à moi d'y répondre.

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